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Centre Hospitalier de Bernay et Résidence Jacques Daviel - 5, rue Anne de Ticheville - BP 353 - 27300 BERNAY - Tel : 02 32 45 63 00 |
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Depuis un an et demi, à l’hôpital de Bernay, ont lieu deux ateliers de musicothérapie pour les personnes âgées, à un rythme hebdomadaire. L’un à l’EHPAD, pour des patients atteints d’aphasie, l’autre en ACCUEIL DE JOUR, pour des patients atteints par la maladie d’Alzheimer ou troubles apparentés. L’objectif poursuivi à la Résidence Jacques Daviel de Bernay est de montrer comment un " atelier musical " en groupe peut prévenir la dépendance, réduire le sentiment d’isolement en plaçant la personne âgée aphasique et/ou démente dans une perspective dynamique de relation avec elle-même et avec les autres et ainsi participer aux fondements d’une démarche « qualité de vie ».
En 1994, l’OMS, dans sa perspective de santé publique, a défini la qualité de vie comme « une perception qu’a un individu de sa place dans l’existence, dans le contexte de la culture et du système de valeurs dans lequel il vit, en relation avec ses objectifs, ses normes, ses attentes et ses inquiétudes ».
L’appréciation de sa propre « qualité de vie » serait donc pour la personne en milieu hospitalier, les relations qu’elle entretient avec son environnement et avec son monde intérieur. Subjective, unique et particulière à chaque individu, elle est en relation étroite avec l’identité de la personne. On pourrait, en ce sens, rêver d’un projet « qualité de vie » adapté à chaque personne et plus particulièrement en service gériatrique et en maison de retraite. La question de la relation me semble l’enjeu essentiel de toute démarche « qualité de vie ».
Par le biais de la musique, les personnes ayant perdu tout ou partie du langage, peuvent retrouver un réel plaisir à communiquer. En effet, la musique présente cette particularité que l’échange, la communication, peut s’établir sans le langage. Pour délimiter le champ des phénomènes en jeu dans ma pratique de la musicothérapie, j’aime parler de complexe « son - être humain - son. » Cela signifie qu’à un stimulus perçu par un individu, celui-ci donnera une réponse qui sera elle-même perçue comme stimulus et ainsi de suite.
Ce complexe décrit les relations d’interdépendance entre un stimulus et un être humain. Il comprend :
On saisit aisément que ce champ très dense offre des possibilités innombrables de communication dans un contexte non verbal. Toucher un instrument, produire un son sur un simple tambourin, frapper des mains, entendre les battements de son cœur, écouter un enregistrement d’un opéra de Verdi sont autant d’éléments non verbaux qui vont nous permettre d’ouvrir un canal de communication. Parallèlement à ce retour de la communication, l’atelier a aussi pour but de maintenir les différentes fonctions cognitives de sujets âgés souffrant de démence et vivant en maison de cure. Ce travail tend à ralentir les processus de démentification, en soutenant la dynamique psychique des personnes, favorisant ainsi leur bien-être et s’inscrivant de ce fait au projet de vie de l’institution.
Dans ce sens, l’objectif de l’atelier de musicothérapie est de développer et maintenir le potentiel sensoriel, moteur, expressif, cognitif mais aussi relationnel des personnes, aussi minimes sont-ils et malgré les handicaps.
L’atelier accueille actuellement huit patients souffrant d’aphasie, à divers stades.
LE CHANT
Chaque séance comporte des séances d’expression verbale par le chant. En effet, les zones du langage parlé et du langage musical chanté n’occupent pas les mêmes zones du cerveau humain. Ainsi est-on souvent surpris de constater que des personnes n’arrivant plus ou peu à parler sont en revanche tout à fait capables de reproduire une chanson avec toutes les paroles sans difficultés ! Les comptines, appartenant au domaine, de l’enfance sont principalement utilisées car elles sont souvent très présentes dans la mémoire.
LE RYTHME
En général très appréciée des participants, chaque séance comprend des jeux rythmiques préservant avant tout le plaisir de jouer ensemble tout en respectant une progression technique harmonieuse sur le plan musical. Un instrumentarium étudié, basé sur des instruments à percussion simples de maniement (maracas, tambourins, sistres, œuf maracas, Wood block, bracelets à clochettes) est mis à la disposition des patients, permettant ainsi une production sonore. Outre l’aspect ludique et créatif de cet instrumentarium, il offre également des qualités intéressantes sur le plan de la motricité. Les séquences rythmiques se terminent souvent par de grands fou-rires !
ECOUTE ET RECONNAISSANCE DE BRUITAGES
La séquence a pour but de reconnaître, comparer et commenter chaque bruitage ou une série de bruitages. La préparation nécessite de regrouper pour chaque séance sur le même support (CD, cassettes audio) des familles de bruits plus ou moins familiers ou oubliés : les bruits de la maison, la plage, les chants d’oiseaux, les cris d’animaux…
SEQUENCE ECOUTE INSTRUMENTALE
Les écoutes doivent être préparées avec soin de manière à proposer à chaque patient une musique appropriée tenant compte de ses goûts musicaux, de sa pathologie, de sa rythmique, de sa représentation symbolique. Il me semble également important de ne pas systématiquement proposer des musiques « faisant écho à… » ou « évocatrice de… ». Suivant le vieil adage « Il n’y à pas d’âge pour apprendre et s’enrichir », je propose aussi à l’écoute des musiques faisant appel à des modes d’expression diverses, et ceci même si elles ne font pas partie du champ culturel des patients : musique contemporaine, Jazz, musiques ethniques africaines, ragas indiens, chants Inuits… On est bien souvent surpris de la grande ouverture d’esprit et de la curiosité toujours vivace des personnes âgées. Pour preuve, cette patiente, Madame B., passionnée de musique baroque (Haendel, Bach, Vivaldi) qui manifeste une joie évidente en écoutant pour la première fois une œuvre contemporaine pour petit orchestre de Ligetti ! Au moins aussi important que l’écoute elle-même est le moment de critique qui s’en suit. A-t-on aimé cette musique ? Beaucoup ? Peu ? Pas du tout ? Même atteinte d’aphasie et/ou de démence, les personnes aiment manifester leur approbation ou désapprobation avec leurs moyens (grimaces, gesticulations, pulsation du rythme pendant l’écoute, sourires et larmes…) et affirment et affinent leur sens critique. Des scènes étonnantes de désaccord ou de partage naissent entre les patients suite à ces écoutes. Ces moments me semblent de toute première importance en ce sens qu’ils recentrent et confortent l’individu dans son unicité et le sentiment personnel d’ « être soi » face aux autres, seul responsable de ses gouts et ses choix.
LA MAISON DE CURE : UN LIEU DE CONCERT !
Chaque séance inclut un moment de concert « live » ( !) où les participants pourront écouter une œuvre musicale interprétée pour eux à la flûte traversière, parfois avec un accompagnement CD. Le répertoire immense de mon instrument me permet d’interpréter à chaque séance des musiques de style et d’expression diverses, du moyen-âge à nos jours. Ainsi se succèdent, d’une semaine à l’autre, des airs de cour de Lully, des sonates de Bach, de Vivaldi, de Mozart, de Debussy ou bien une Sequenza de Berio, des incantations de Jolivet ou une pièce d’Olivier Messiaen… Une ou deux fois par trimestre, j’invite des amis musiciens qui ont accepté de venir se produire sous la forme de mini-récital devant ce public un peu particulier dont je leur explique, en amont, la spécificité. 6 petits concerts ont déjà eu lieu à la résidence (clarinette, violoncelle, accordéon…) et un concert de piano, en Juin dernier, à la chapelle de l’hôpital avec transports des patients en minibus : un moment inoubliable où pouvait se lire sur les visages la joie d’être invité à un concert
BILAN DE SEANCES
Chaque séance donne lieu à la rédaction d’un bilan précis, faisant état des écoutes et exercices abordés ainsi que du déroulement général : comportement et attention de chaque participant, difficultés rencontrées, cris, pleurs ou rires…, réactions diverses. Ce travail de mémoire est essentiel, notamment pour pouvoir le soumettre au regard des soignants (médecins, psychologues, infirmières …)
Etre créatif aide grandement à trouver de nouvelles formes de relation, de nouvelles forces et surtout aide à maintenir l’estime de soi et le sens de l’identité.
Réussir quelque chose au sein du groupe, avoir une responsabilité musicale, c’est retrouver une image positive de soi, en s’étonnant de sa propre performance, parfois avec fierté.
Lorsque, en tant que musicien professionnel, je joue avec d’autres musiciens en orchestre ou en musique de chambre, nous ne faisons rien d’autre que de converser entre nous par l’intermédiaire de nos instruments. C’est, en fin de compte, exactement ce qui se passe quand les personnes de l’atelier de musicothérapie jouent ensemble sur leurs instruments de percussion ou chantent avec moi. On peut parler de conversation musicale. Je ne saurai que trop insister sur la notion de PLAISIR qu’apporte cet atelier, dans la convivialité et la joie de se retrouver, chaque semaine, dans un salon où l’on cause d’une manière différente.
Dès son ouverture, un nouvel atelier sera ouvert pour les personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer, dans le cadre de l’accueil de jour.
L’atelier de musicothérapie de la résidence Jacques Daviel s’inscrit dans une démarche et un travail collectif, avec le souci primordial de s’appuyer sur les forces d’une équipe (médecin, psychologue, neuropsychologue, infirmière, aide-soignante, animateur) qui œuvre avec passion pour une fin de vie heureuse des résidents.
Ma profonde et sincère reconnaissance à Mme Gorenflot, Directrice de l’hôpital (pour sa courageuse et innovante initiative), au Docteur Toucas (pour son écoute attentive, permanente et précieuse), à Monsieur Pelcat, cadre de santé (pour son essentiel sens pratique) et à tous les membres et collègues de l’équipe de soin (Jocelyne, Christophe, Angélique, Mathilde, Jeanine, Marie et tous les autres…) sans qui ce projet n’aurait pas vu le jour.
Patrick THEBAUD
Les résultats des procédures d’évaluation (Rapports de certification) sont disponibles sur le site de la Haute Autorité de Santé.